CINEMALIK (1930-2017) : MON PÈRE, MA PREMIÈRE ÉCOLE DE L’AUDIOVISUEL

De Siguiri à Dubréka, de Manéah à Wonkifong et Kourouya : l’héritage d’un père, mes premières expériences culturelles et les origines de ma vocation journalistique.

Un père, une époque, une passion

Il est des hommes dont l’histoire personnelle se confond avec celle d’une époque. Des hommes qui, sans nécessairement rechercher les honneurs ou la reconnaissance publique, contribuent, à leur manière, à transformer le quotidien des populations.
Mon père, Malick CISSE, communément appelé « CINEMALIK », appartenait à cette catégorie d’hommes.
Né le 8 novembre 1930, il nous a quittés le 7 novembre 2017, à la veille de son 87ᵉ anniversaire.
Mais au-delà de ces dates, c’est l’œuvre d’un homme, son esprit d’entreprise et l’héritage qu’il a transmis à ses enfants que je souhaite évoquer.


Car si j’ai consacré une grande partie de ma vie au journalisme, à la presse écrite, à la radio et à la télévision, mes premiers contacts avec le monde de l’image, de la culture et du public remontent bien plus loin.
Ils remontent à mon enfance, dans les salles de cinéma de mon père, mais également dans cet univers de loisirs, de musique et d’animation qu’il avait su développer autour de ses différentes activités.
Bien avant de devenir journaliste et entrepreneur de presse, j’avais déjà été initié, presque naturellement, aux exigences de l’organisation, de la gestion et de la communication avec le public.
Mon père fut, à cet égard, ma première école.
Siguiri, 1964 : les débuts d’une aventure cinématographique

L’histoire commence à Siguiri, en Haute-Guinée.


En 1964, mon père y commença l’exploitation d’une salle de cinéma.
Il faut se replacer dans le contexte de ces années pour mesurer la place qu’occupait alors le cinéma dans la vie des populations.
La télévision n’avait pas encore pénétré les foyers comme elle le fera plusieurs décennies plus tard. Internet, les réseaux sociaux et les plateformes numériques étaient encore inimaginables.
Le cinéma constituait un formidable moyen d’évasion, de découverte et de rassemblement.
On venait y retrouver des amis, partager des émotions, découvrir d’autres horizons et vivre collectivement les aventures projetées sur grand écran.
C’est dans cet univers que mon père avait choisi d’entreprendre.
Son surnom, « CINEMALIK », témoigne à lui seul de l’identité que cette activité lui avait donnée auprès de son entourage.
À travers ses salles, il ne proposait pas seulement des films. Il participait à la vie culturelle et sociale des communautés qui les fréquentaient.

Dubréka, 1968 : le cinéma, la musique et les loisirs


En 1968, mon père commença l’exploitation d’une salle de cinéma à Dubréka.
Il y poursuivit ses activités en exploitant également un night-club.
Cette diversification montrait déjà qu’il ne concevait pas le divertissement comme une activité unique, mais comme un ensemble de services répondant aux aspirations d’une population en quête de loisirs et de rencontres.
À travers ces établissements, il participait à l’animation de la vie sociale et culturelle.
Je retiens aujourd’hui de cette période l’image d’un homme qui savait identifier des opportunités, investir dans des équipements et organiser des activités destinées au public.
Mais ses initiatives ne s’arrêtaient pas là.


Le CHIEN QUI FUME de Bondabon : une autre facette de CINEMALIK


Parallèlement à ses activités cinématographiques, mon père exploitait également un établissement de loisirs dénommé « CHIEN QUI FUME », comprenant une piscine et un bar-dancing.
Cet établissement était situé à Bondabon, à environ 45 kilomètres de Conakry, dans la préfecture de Dubréka.
La piscine et le bar-dancing constituaient une autre dimension de ses activités entrepreneuriales.
À travers cet espace de détente, il offrait au public la possibilité de se retrouver dans un cadre différent de celui des salles obscures.
Le cinéma, la musique, la danse et les loisirs aquatiques participaient ainsi d’une même ambition : proposer des lieux de distraction et de convivialité.
Avec le recul, je comprends que mon père avait développé une véritable conception de l’entrepreneuriat culturel.
Il ne se limitait pas à une seule activité. Il savait diversifier ses investissements et s’adapter aux besoins du public.
Cette capacité à entreprendre dans plusieurs domaines allait profondément influencer ma propre manière d’appréhender les activités économiques et culturelles

1977 : Manéah, une nouvelle étape


À la suite du transfert de la région administrative de Dubréka à Coyah, mon père décida de poursuivre son aventure en ouvrant une salle de cinéma à Manéah, en 1977. Cette implantation allait occuper une place déterminante dans ma propre histoire. À l’époque, j’étais encore jeune.
Mes frères et sœurs aînés, notamment Maïmouna, Mohamed et Aminata, participaient à la vie familiale. Mais leurs admissions successives à l’université allaient progressivement modifier l’organisation de nos activités.
Je commençai alors à apporter mon concours à la gestion de la salle, notamment aux côtés de ma grande sœur Maimouna.
Mon rôle était simple, mais essentiel : participer à la billetterie et remettre les billets aux cinéphiles qui venaient assister aux projections.
Je découvrais ainsi les premiers mécanismes de l’exploitation cinématographique : l’accueil du public, la vente des billets, l’organisation des entrées et le respect des horaires.
Je ne savais pas encore que ces gestes quotidiens constituaient les premières leçons d’une longue vie professionnelle.

Les chaînes musicales : mes premières expériences d’animateur


Mon père possédait également des chaînes musicales qu’il mettait en location pour l’animation de cérémonies familiales et récréatives.
Les dimanches, je me chargeais personnellement de l’animation musicale de ces manifestations, notamment les mariages, les baptêmes et d’autres réjouissances populaires.
Ces activités occupaient une place particulière dans mon apprentissage.
Après les salles de cinéma et les projecteurs, je découvrais un autre univers : celui de la musique, de l’ambiance festive et de la relation directe avec le public.
Il ne suffisait pas de disposer d’un équipement sonore. Il fallait savoir choisir les morceaux, comprendre les attentes des participants, maintenir l’ambiance et adapter l’animation aux circonstances.
Chaque cérémonie avait ses particularités, son public et son atmosphère.
Ces expériences m’ont progressivement familiarisé avec les exigences de l’animation et de la communication.
Elles m’ont surtout appris une chose essentielle : pour réussir une activité destinée au public, il faut d’abord savoir comprendre ce public.
Cette leçon, acquise très jeune, allait me servir bien plus tard dans les métiers de la radio et de la télévision.

LA DYNASTIE NIGHT-CLUB : une autre école de l’animation


Parallèlement à mes cours, aux activités cinématographiques familiales et aux animations musicales dominicales, j’étais également l’un des animateurs de LA DYNASTIE NIGHT-CLUB, présenté comme le premier bar américain de Coyah.
Cet établissement avait été créé par mon beau-frère, Monsieur Koly CAMARA, qui exerça plus tard les fonctions de Directeur général des Postes et Télécommunications de Guinée. On était en 1989.
Cette expérience me permit de découvrir une autre facette de l’animation culturelle.
Le night-club représentait un environnement différent des projections cinématographiques et des cérémonies familiales. Il fallait créer une ambiance, tenir compte des goûts musicaux d’un public varié et contribuer au bon déroulement des soirées.
Je devais donc apprendre à conjuguer plusieurs exigences : mes études, les responsabilités familiales et les activités d’animation.
Ce rythme, parfois contraignant, m’a enseigné la discipline, la disponibilité et le sens de l’organisation.
À travers ces expériences, je découvrais progressivement les différents métiers liés aux loisirs, au spectacle et à la communication.

16 janvier 1986 : une responsabilité née d’une épreuve familiale


L’année 1986 fut marquée par un événement douloureux : le décès de mon grand frère Kerfalla Bomba, le 16 janvier 1986.
Cette disparition bouleversa notre famille et modifia profondément la répartition des responsabilités.
Jusque-là, j’avais participé à l’activité cinématographique familiale en apportant mon aide.
Désormais, l’essentiel du travail reposait sur mes seules épaules. Il fallait poursuivre les activités, accueillir les spectateurs, veiller au fonctionnement des projections et maintenir cette entreprise familiale à laquelle mon père avait consacré tant d’efforts. Cette période m’apprit très tôt que la responsabilité ne vient pas toujours au moment où l’on s’y attend.
Parfois, les circonstances de la vie vous imposent de grandir plus vite. Je devais désormais faire preuve d’initiative, d’endurance et d’autonomie.

Mars 1987 : l’idée du cinéma ambulant


C’est dans ce contexte que germa une idée qui allait marquer ma jeunesse.
Mon père possédait alors une paire d’appareils cinématographiques de type KM16, un groupe électrogène et une Peugeot 404 bâchée, stationnée dans notre cour familiale.
En observant ces équipements, je me suis posé une question : pourquoi limiter les projections à Manéah alors que les populations des localités voisines pouvaient elles aussi profiter du cinéma ?
Avec le départ de mes frères et sœurs aînés pour leurs études universitaires, j’avais déjà été amené à réfléchir davantage à l’organisation de nos activités.
Je proposai donc à mon père de diversifier les projections en direction de Wonkifong et de Kourouya.
L’idée était simple : utiliser les équipements dont nous disposions pour aller à la rencontre de nouveaux publics.
C’est ainsi qu’en mars 1987, je me lançai effectivement dans le cinéma ambulant à Wonkifong et à Kourouya.
Cette initiative constituait l’une de mes premières expériences personnelles de développement d’une activité économique.
Je ne créais pas encore une entreprise indépendante, mais j’apprenais déjà à concevoir un projet, à mobiliser des moyens et à organiser son fonctionnement.

La Peugeot 404 bâchée, les projecteurs KM16 et la Simson KR 51/1


L’organisation de cette activité exigeait une véritable discipline.
À Manéah, la projection du film principal commençait à 20 heures.
Mais notre système ne consistait pas simplement à attendre la fin d’une séance avant d’organiser la suivante.
Dès que les trois premières bobines avaient été projetées, elles étaient rembobinées puis acheminées vers les autres lieux de projection.
En 1987, Monsieur SOW assurait ce transport à bord d’une moto Simson KR 51/1, depuis Manéah vers Kourouya et depuis Manéah vers Wonkifong, selon une rotation tous les deux jours.
Ce système permettait de faire circuler les bobines entre les lieux de projection et d’organiser plusieurs séances avec les mêmes films.
Il fallait coordonner le fonctionnement des projecteurs, le rembobinage, le transport des bobines et les horaires.
La moindre désorganisation pouvait compromettre la séance suivante.
Aujourd’hui, à l’heure où un film peut être transféré instantanément d’un appareil à un autre, il est difficile d’imaginer les efforts que nécessitait une telle organisation.
À l’époque, chaque bobine avait son importance. Chaque déplacement devait être organisé avec précision. Et chaque projection réussie représentait l’aboutissement d’un véritable travail collectif.

Les maisons des jeunes transformées en salles de cinéma


À Wonkifong et à Kourouya, les projections se déroulaient notamment dans les maisons des jeunes, communément appelées « permanences ».
J’y avais fait installer des bancs pour accueillir les cinéphiles.
Ces espaces devenaient, le temps d’une soirée, de véritables salles de cinéma populaires. Les billets étaient vendus aux spectateurs, qui se bousculaient parfois pour réussir à s’en procurer. L’engouement était réel.
Le prix d’entrée des salles de cinéma, sur toute l’étendue du territoire national, était fixé à 10 sylis.
Avec l’échange monétaire de 1985, ce tarif fut fixé à 100 francs guinéens.
Lorsque nous avons commencé le cinéma ambulant en 1987 à Wonkifong et à Kourouya, le prix d’entrée était donc de 100 francs guinéens. Ces tarifs me ramènent à une époque où quelques billets suffisaient à ouvrir les portes d’un univers de rêve et d’aventure.
Le cinéma était alors une expérience collective. On venait non seulement regarder un film, mais aussi partager un moment avec toute une communauté.

Entre les cours, les projections et les animations


L’une des particularités de cette aventure résidait dans le fait que je poursuivais parallèlement mes études.
Après les cours, je faisais charger les équipements dans la Peugeot 404 bâchée de mon père. Nous prenions alors la direction de Kourouya pour deux jours de projections.
Il fallait transporter les appareils, les installer, préparer les séances et accueillir le public.
Le deuxième jour, une fois la projection terminée, je démontais les équipements et les rangeais soigneusement dans leurs différentes caisses.
Je retournais ensuite passer la nuit à Manéah. Le lendemain, aux environs de 18 heures, je repartais pour Wonkifong.
Ainsi se succédaient les journées d’études, les déplacements, les projections et les opérations de démontage et de transport.
À ces responsabilités s’ajoutaient mes expériences d’animation musicale et culturelle. Ce rythme était exigeant, mais il constituait une formidable école de persévérance. J’apprenais à gérer mon temps, à organiser les moyens matériels et à prendre des décisions. Surtout, j’apprenais à connaître le public.
« Comme un lion » : un film, des souvenirs
Parmi les films qui ont marqué ma mémoire figure « Comme un lion », un film d’aventure que j’associe aux années 1980, dont l’histoire d’un enfant élevé parmi les lions m’est restée en mémoire.
Des décennies plus tard, le simple fait de retrouver ce titre réveille en moi les souvenirs de cette époque.
Je revois les salles de cinéma, les spectateurs impatients, les billets distribués à l’entrée, les projecteurs, les bobines et les soirées de projection.
Mais derrière ces images, je retrouve surtout la présence de mon père et les responsabilités qu’il m’avait progressivement confiées.
Le cinéma n’était pas seulement pour nous un spectacle. C’était une activité familiale, un travail quotidien et une ouverture sur le monde.

1988-1992 : mon engagement dans la vie associative de Coyah


À mes activités culturelles et cinématographiques allait s’ajouter une nouvelle expérience, cette fois dans le domaine associatif.
Entre 1988 et 1992, j’ai exercé pendant quatre années les fonctions de secrétaire chargé des relations culturelles de l’Amicale des jeunes élèves et étudiants de la préfecture de Coyah.
Cette responsabilité marqua une nouvelle étape dans mon parcours.
Après avoir appris à accueillir et à divertir le public, je découvrais les exigences de la vie associative, du travail collectif et de la représentation d’une organisation. La fonction de secrétaire chargé des relations culturelles me plaçait au cœur des préoccupations d’une jeunesse désireuse de se retrouver, de s’organiser et de participer à la vie socioculturelle de sa préfecture.
Cette période contribua à développer mon sens des responsabilités, mon esprit d’initiative et mon intérêt pour les questions touchant à la vie de la communauté.
Elle me permit également de mieux comprendre l’importance du dialogue, des relations humaines et de la mobilisation autour d’objectifs communs.
Je découvrais progressivement que la communication ne se limitait ni aux images ni à la musique.
Elle pouvait également devenir un instrument de rassemblement, d’expression et d’engagement collectif.

1er octobre 1992 : LE SAVON, mon premier journal


Après plusieurs années consacrées aux activités culturelles, à l’animation et à la vie associative, une autre passion allait prendre forme : le journalisme.
Le 1er octobre 1992, je lançai à Coyah mon premier journal préfectoral à faible tirage, baptisé LE SAVON.
Le choix de me lancer dans la presse constituait une nouvelle étape dans mon parcours.
J’avais jusque-là appris à communiquer avec le public par l’image, la musique et l’animation.
Désormais, je voulais aussi m’exprimer par l’écriture.
LE SAVON se distinguait notamment par ses critiques acerbes de la gestion préfectorale de Coyah.
Mais cette liberté de ton allait rapidement provoquer des réactions.
Le journal fut interdit à son cinquième numéro.
Cette interdiction constitua une épreuve importante dans mes premiers pas dans la presse.
Elle me confronta très tôt aux difficultés auxquelles peut se heurter un journaliste lorsqu’il exerce son métier avec un regard critique sur la gestion des affaires publiques.
Pour autant, cette expérience ne mit pas fin à mon ambition journalistique.
Bien au contraire, elle renforça ma volonté de poursuivre dans cette voie.
Avec LE SAVON, je venais de franchir une étape décisive : celle du passage de l’animation culturelle à l’expression journalistique.

L’année 1993 : mon entrée au journal LE LYNX


Quelques mois après l’interdiction de LE SAVON, une nouvelle page de ma vie professionnelle s’ouvrit.
En mars 1993, je rejoignis le journal LE LYNX, l’un des titres emblématiques de la presse privée guinéenne.
Cette étape marqua mon passage d’une initiative journalistique locale à une expérience au sein d’une rédaction de portée nationale.
Je quittais progressivement l’univers des animations culturelles pour m’investir davantage dans celui de l’information, de l’écriture et de l’analyse de l’actualité.
Mais je n’arrivais pas dans ce métier sans expérience.
Les salles de cinéma de mon père m’avaient appris la discipline et l’organisation.
Les chaînes musicales et les cérémonies récréatives m’avaient enseigné l’écoute du public.
LA DYNASTIE NIGHT-CLUB m’avait familiarisé avec les exigences de l’animation.
La vie associative m’avait initié aux responsabilités collectives.
Enfin, LE SAVON m’avait fait découvrir les premières réalités de la liberté de la presse et les risques liés à son exercice.
Toutes ces expériences allaient contribuer à façonner le journaliste et l’entrepreneur de presse que je deviendrais.

Une première école de management et d’entrepreneuriat


Avec le recul, je comprends mieux ce que ces expériences m’ont apporté.
Avant même de connaître les méthodes modernes de management, j’avais été confronté à des problèmes concrets de gestion.
Il fallait organiser les horaires, transporter les équipements, anticiper les difficultés techniques, accueillir les clients et assurer la continuité des activités.
Il fallait également prendre des initiatives.
L’idée du cinéma ambulant était née de l’observation des moyens disponibles et de la possibilité de les utiliser autrement.
Nous avions les projecteurs, le groupe électrogène, le véhicule et les films.
Il restait à imaginer une nouvelle manière de toucher le public.
C’est précisément ce que j’ai essayé de faire.
Les animations musicales et les activités du night-club m’avaient, de leur côté, appris à adapter un service aux attentes de différents publics.
La vie associative m’avait familiarisé avec le travail en équipe et les responsabilités collectives.
Quant au journal LE SAVON, il m’avait permis de prendre conscience de la force de l’écrit et de la responsabilité qui accompagne la liberté d’expression.
Sans le savoir, je découvrais déjà les principes qui allaient accompagner ma vie d’entrepreneur : l’initiative, l’innovation, la proximité avec le public, la discipline, le courage et la recherche de solutions pratiques.

De CINEMALIK à AFRIC VISION : le fil d’une histoire familiale


Les années ont passé.
J’ai emprunté d’autres chemins professionnels, notamment ceux du journalisme, de la presse écrite, de la radio et de la télévision.
J’ai progressivement construit mon propre parcours d’entrepreneur, jusqu’à la création et au développement du groupe de presse AFRIC VISION.


Aujourd’hui, lorsque je regarde les différentes composantes de ce groupe — radios, télévisions, journaux, magazine et médias numériques — je ne peux m’empêcher de repenser à cette petite salle de cinéma de Manéah.
Je revois la Peugeot 404 bâchée dans notre cour.
Je revois les projecteurs KM16.
Je revois les bobines que nous faisions circuler d’une localité à une autre.


Je repense également aux chaînes musicales que je transportais pour animer les cérémonies dominicales, aux soirées de LA DYNASTIE NIGHT-CLUB et aux activités de l’Amicale des jeunes élèves et étudiants de Coyah.
Je me souviens aussi de l’enthousiasme avec lequel j’avais lancé LE SAVON, mon premier journal, avant de rejoindre LE LYNX.
Mais derrière tous ces souvenirs, je retrouve surtout mon père, Malick CISSE, ce « CINEMALIK » dont le surnom résumait toute une passion.


Bien entendu, les métiers et les technologies ont profondément changé.
Mais au fond, une même idée traverse ces différentes époques : rapprocher les images, les informations et les contenus du public.
Hier, il fallait transporter physiquement des bobines de films pour atteindre les spectateurs.
Aujourd’hui, les ondes radiophoniques, les signaux de télévision et les plateformes numériques permettent de toucher des publics bien plus vastes.
Les moyens ont changé, mais la volonté d’aller à la rencontre du public demeure.

7 novembre 2017 : le départ de CINEMALIK


Le 7 novembre 2017, mon père s’est éteint, à la veille de son 87ᵉ anniversaire.
Il était né le 8 novembre 1930.
Sa disparition a refermé un chapitre de notre histoire familiale, mais elle n’a pas effacé l’héritage qu’il nous a laissé.
Cet héritage ne se mesure pas uniquement aux salles de cinéma qu’il a exploitées à Siguiri, Dubréka ou Manéah.


Il réside également dans les autres initiatives qu’il avait développées, notamment la piscine et le bar-dancing CHIEN QUI FUME de Bondabon, ainsi que ses activités de location d’équipements musicaux.
Il réside surtout dans les valeurs qu’il nous a transmises : le goût du travail, le sens de la responsabilité, l’esprit d’initiative et le courage d’entreprendre.


Je lui dois mes premiers contacts avec le monde de l’audiovisuel.
Je lui dois cette découverte précoce de la relation entre un média et son public.
Et je lui dois, en partie, cette conviction que l’on peut commencer modestement, avec les moyens dont on dispose, et construire progressivement une œuvre plus grande.

Enfin : un héritage qui continue de vivre
Lorsque je repense à mon parcours, je mesure combien les premières expériences de la vie peuvent influencer durablement notre destinée.
De la billetterie de Manéah aux projections ambulantes de Wonkifong et de Kourouya, des animations musicales aux responsabilités associatives, puis de la création de LE SAVON à mon entrée au journal LE LYNX, il existe un fil conducteur.


Ce fil, c’est celui de la communication, du contact humain et de l’entrepreneuriat.
Mon père n’avait probablement pas imaginé, lorsqu’il ouvrait ses salles de cinéma, que l’un de ses enfants poursuivrait, sous d’autres formes, cette aventure dans le monde des médias.


Pourtant, avec le recul, je vois dans mon parcours le prolongement d’une histoire commencée bien avant moi.
CINEMALIK avait choisi de rassembler les populations devant les écrans de cinéma et dans des espaces de loisirs.
Des décennies plus tard, à travers AFRIC VISION, je poursuis à ma manière cette rencontre avec le public.


De la bobine de cinéma à la télévision numérique, de la salle obscure aux ondes radiophoniques, de l’animation musicale à l’information journalistique, l’héritage demeure.


Avant de devenir journaliste, j’avais appris à communiquer. Avant de devenir entrepreneur de presse, j’avais appris à entreprendre. Et avant de diriger un groupe de médias, j’avais découvert, auprès de mon père, que toute grande aventure commence par le travail, la passion et le courage de prendre des initiatives.
C’est pourquoi, au-delà de mon parcours personnel, cette partie de mon livre est avant tout un hommage à celui qui m’a ouvert les portes de cet univers.


À la mémoire de mon père, Malick CISSE, dit « CINEMALIK » (8 novembre 1930 – 7 novembre 2017).

Sanou Kerfalla CISSE

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