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EN QUOI SAVOIR LIRE ET ÉCRIRE EN FRANÇAIS NE PEUT PAS ÊTRE UNE CONDITION POUR ÊTRE PRÉSIDENT DU CONSEIL DE QUARTIER OU DE DISTRICT ?

Nonobstant le fait que nommer les présidents des conseils des quartiers ou des districts est un recul démocratique, parler de valorisation de nos langues et imposer la langue française parmi les critères de choix, plus est dans un pays majoritairement analphabète, cela est une incongruité qu’on peut nous faire passer pour une réforme à saluer.

Cette fuite en avant à commencer avec la réforme du Code des collectivités de 2017, où on avait déjà commencé à imposer cette condition aux maires. C’est à la fois une mesure d’exclusion, une injustice, mais surtout un acte politique qui trahit la volonté de refondation, en ce sens que cette dernière ne peut pas se borner à nier la réalité que vivent nos populations.

Mieux, si cela peut être compréhensible pour les zones urbaines comme Conakry en premier, notre sociologie est tel que dans le monde rural (d’où vit la majorité des guinéens), ce critère est tout sauf sérieux. On choisit très souvent les chefs de quartier ou de district pour leur attachement à la terre de leurs ancêtres et leur disposition à unir les communautés qui tendent davantage à la mixité. Et la plupart de ces personnes ne savent même pas écrire leur nom en français. Vous trouvez par exemple des districts entiers où il est difficile de trouver quelqu’un qui sait lire et écrire en français, ou tout au plus le faire dans un cadre administratif.

Savoir lire et écrire en français est certes un plus, mais il n’est pas déterminant dans la présidence d’un quartier ou d’un district, en tout cas pour celui qui connaît comment vivent nos populations. Il y’a aussi eu des maires, présidents de districts et chefs de quartiers qui écrivent et lisent uniquement en langue nationale. Exclure donc les langues nationales dans les critères de choix de ces chefs à la base est une anomalie qui ne dit pas son nom.

Si demain on nomme un chef de quartier ou un chef de district, en éliminant ce sur critère celui ou celle que les populations sont disposées à accompagner, on créerait davantage beaucoup plus de problèmes que de discuter sur le développement communautaire. Les quartiers et les districts sont différents, très souvent les  » chefs de quartier  » et les présidents de district sont issus d’un consensus.

Le sérieux du Ministère de l’Administration du territoire aurait consisté en effet d’accompagner ces démembrements des circonscriptions territoriales dans la formation et le renforcement des capacités.

Ali CAMARA

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